Que mange Le Criquet et pourquoi certains deviennent ravageurs ?

Le criquet est un insecte phytophage de l’ordre des orthoptères, famille des Acrididae. Son régime alimentaire repose sur les végétaux, mais il ne mange pas n’importe quelle plante. Comprendre ce que mange le criquet, et surtout pourquoi certaines espèces basculent en mode ravageur, suppose de distinguer le comportement alimentaire ordinaire du mécanisme biologique qui transforme un insecte solitaire en fléau agricole.

Discrimination chimique des plantes chez le criquet

Un criquet ne broute pas la végétation au hasard. Ses palpes labiaux et maxillaires, situés autour de la bouche, lui permettent de tester la surface d’une feuille avant de la consommer. Ce contact préalable déclenche une analyse chimique rapide : si la plante contient des composés toxiques ou répulsifs, l’insecte la rejette.

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En captivité, le criquet migrateur (Locusta migratoria) accepte l’herbe fraîche (pâturin, dactyle, roseau, alpiste), les jeunes pousses de blé ou de maïs, la salade, le pissenlit et l’épinard. Il esquive spontanément les végétaux toxiques lorsqu’on lui en propose.

Ce tri actif explique pourquoi certaines cultures sont dévastées tandis que d’autres, situées à proximité, restent intactes. Les criquets privilégient les graminées tendres et les céréales jeunes, riches en eau et pauvres en défenses chimiques. Les plantes à latex ou à forte teneur en alcaloïdes sont généralement épargnées.

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Invasion de criquets dans une savane aride, insectes visibles sur le sol craquelé et la végétation sèche ravagée

Régime alimentaire du criquet selon les espèces

Tous les criquets ne mangent pas la même chose. L’étendue du régime varie considérablement d’une espèce à l’autre, et cette distinction a des conséquences directes sur leur potentiel de nuisance.

Espèces spécialistes

Certaines espèces vivent en permanence sur une seule plante-hôte. Poekilocerus hieroglyphicus, par exemple, effectue tout son développement sur Calotropis procera ou Leptadenia pyrotechnica. Ces criquets spécialistes posent rarement des problèmes agricoles : leur survie dépend d’un végétal précis, souvent sans intérêt cultural.

Espèces généralistes

Les espèces les plus redoutées sont au contraire généralistes. Le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) consomme une gamme très large de végétaux, des feuilles de céréales aux arbres fruitiers. Cette plasticité alimentaire est l’un des facteurs qui le rendent si dévastateur : un essaim peut se nourrir de presque tout ce qui pousse sur son passage.

Le criquet nomade présente un profil comparable. Ces espèces généralistes partagent un point commun : elles s’adaptent aux ressources disponibles et peuvent basculer d’une culture à l’autre sans difficulté.

Phase solitaire et phase grégaire : le basculement vers le ravageur

Un criquet pèlerin isolé dans un champ ne constitue pas une menace. Le même insecte, multiplié par plusieurs millions et regroupé en essaim, détruit des récoltes entières en quelques heures. La différence tient à un mécanisme biologique appelé transformation phasaire.

En phase solitaire, le criquet vit dispersé, se déplace peu et se reproduit à un rythme modéré. Son comportement alimentaire reste limité à son périmètre immédiat. En phase grégaire, tout change : morphologie, couleur, comportement, et surtout capacité de déplacement et appétit.

Le déclencheur de cette transformation est environnemental. Après des épisodes de fortes pluies dans des zones habituellement arides, un couvert végétal jeune et dense apparaît rapidement. Cette abondance soudaine de nourriture favorise une reproduction massive. La densité de population augmente, les contacts physiques entre individus se multiplient, et le basculement en phase grégaire s’enclenche.

  • Des pluies abondantes créent un couvert végétal éphémère dans les zones arides, offrant aux criquets des conditions de reproduction idéales.
  • La hausse de densité de population provoque des contacts physiques répétés entre individus, stimulant la production de sérotonine qui déclenche la phase grégaire.
  • Les criquets grégaires développent des ailes plus longues et un comportement collectif qui les pousse à former des essaims mobiles sur de longues distances.

Entomologiste observant un criquet sur une plante de garrigue méditerranéenne avec une loupe lors d'une étude de terrain

Criquet pèlerin et zones de reproduction en Afrique

Le criquet pèlerin concentre l’attention de la FAO parce que ses zones de reproduction couvrent une bande allant de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud-Ouest. Ces zones, dites de rémission, correspondent aux régions semi-arides où les pluies irrégulières créent les conditions de pullulation décrites plus haut.

Au début de l’année 2020, une recrudescence majeure a touché l’ensemble de l’Afrique de l’Est, de l’Asie du Sud-Ouest et de la région de la mer Rouge. Les conditions climatiques avaient permis une reproduction à grande échelle sur plusieurs générations successives. La FAO a classé cette crise comme l’une de ses principales priorités, en appuyant les gouvernements locaux dans leurs opérations de surveillance et de lutte.

La surveillance repose sur un système de détection précoce. Les pays concernés transmettent des données sur les populations de criquets à la FAO, qui les croise avec des données météorologiques, des informations sur l’habitat et des images satellites. L’objectif est d’intervenir avant que les essaims ne se forment, pendant la phase de reproduction, quand les populations sont encore localisées.

Dégâts agricoles : pourquoi le criquet ravageur menace la sécurité alimentaire

Un essaim de criquets pèlerins adultes consomme chaque jour une quantité de végétation proportionnelle à son poids total. Les cultures céréalières (blé, mil, sorgho, maïs) figurent parmi les premières cibles, suivies des pâturages et des arbres fruitiers.

Les dégâts ne se limitent pas à ce que les criquets ingèrent. Leur passage brise les tiges, arrache les feuilles et dégrade les sols exposés. Dans les pays où l’agriculture de subsistance représente la principale source alimentaire, une invasion acridienne peut compromettre une saison entière de récoltes.

Les espèces concernées, criquet pèlerin et criquet nomade en tête, sont classées ravageurs des cultures précisément parce qu’elles combinent trois caractéristiques : un régime généraliste, une capacité de reproduction explosive après les pluies, et une mobilité collective qui leur permet de couvrir des distances considérables en quelques jours.

La lutte contre ces ravageurs passe aujourd’hui par la détection précoce des sites de ponte, le suivi satellite des conditions pluviométriques dans les zones de rémission, et des interventions ciblées avant la formation des essaims. Une fois l’essaim constitué et en vol, les options de contrôle deviennent beaucoup plus coûteuses et moins efficaces.

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